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 Photographie...écriture ...et Citadelle ?

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sylvie
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MessageSujet: Photographie...écriture ...et Citadelle ?   Sam 22 Nov 2008, 11:31

Photographie, …écriture et …citadelle ?



Si j’ai réalisé avec Isabelle un petit livre où photographies et textes essayent de communiquer ensemble, pour autant, je ne sais rien de l’art photographique et encore moins de sa technique…Par contre, pour écrire, je pars souvent du regard. Je saisis une image qui parfois va me rester très longtemps en mémoire, jusqu’à ce qu’elle m’offre son sens et alors je vais pouvoir produire un petit texte, comme cet article aujourd’hui. Ainsi, à ma façon, peut être que je suis photographe. J’aime ainsi partir du loin d’un lieu, la citadelle par exemple, pour m’arrêter à l’infime détail qui, dans ce qu’il peut avoir d’incongruité à se trouver soudain détaché, va dans sa particularité me faire comprendre un tout.

La citadelle pour moi c’est ce trait à la craie sur ma porte en bas. Un dessin d’enfant. Des mots d’un jeu. Peut être pour la marelle qui ne peut pas s’écrire ailleurs. En tout cas cette légèreté d’un enfant à s’approprier un lieu sans se heurter à ma frontière. Ce petit monde là, fait d’imagination, fragile comme ce trait, au grain poudreux et prêt à l’envol; un insignifiant blanc qui laisse une trace sur la main mais qui s’effacera à la première pluie, au premier soleil pour refleurir un jour autrement dans la symbolique attribuée par l’enfant à son instant, dans son instinct.
La citadelle c’est cette plume grise sur mon balcon, échappée d’un battement précipité au son d’une porte ouverte, d’un intrus, d’un rapace ….de ce qui lui était soudain étranger. Cette plume si douce dans la main, comme un regret. Un départ forfuit. Une plume dérangée, toute ébouriffée encore de sa séparation. Et le regard a beau chercher le blessé dans le vol des oiseaux voisins, il ne pourra le repérer. Comme un rendez vous raté, une cohabitation impossible entre ces habitants de l’air et de la terre, que juste se regarder et s’éviter pour ne pas se piéger mutuellement.

J’aimerais avoir tout à la fois cette légèreté de l’enfant et de la plume pour poser mes mots sur Bastia Citadelle ; dans ce défi d’être voisins et dans l’acceptation du risque de demeurer étrangers les yeux aux autres.

Je mets des blancs entre mes phrases comme des petites ruelles rectilignes. J’ouvre des portes avec mes mots. Je place des images que vous imaginez, des lieux où vous êtes déjà…c’est mon quartier…On peut s’y perdre, il arrive qu’une porte débouche sur une porte, qu’un mot éteigne vos pas, vous place sur une voie sans issue…Un texte peut très bien ressembler à un lieu…avec ce qu’il a d’habitable ou non.

Habiter ce n’est pas seulement l’usage d’habiter, c’est aussi vivre son habitabilité dans ses us et coutumes, ses transformations et ses cohabitations ; dans son présent, son avenir et son intériorité souvent complexe à appréhender mais indispensable pour nous rendre un lieu habitable.

J’aime les lieux. Si j’étais photographe, je m’arrêterai à un seul, je le choisirai pas trop grand, tiens une des ces ruelles avec trois belles marches sur le côté. Je passerai là avec mon appareil à différents instants de la journée, en différentes saisons et tout le temps, je clicherai. Et je verrai…est-ce que les feuilles en cet endroit montent en tourbillon les jours de vent, comment dévale la pluie, où se pose l’ombre, comment se déplace la lumière, qui franchit les marches, est-ce que les enfants s’y assoient pour jouer, les marches donnent-elles à papoter, qui est ce passant, quels sont les objets qui sont déposés, qui se perd et se retrouve, est-ce que le soir des chaises sont sorties en faces en faces murmurés , est-ce qu’on y voit les étoiles, le rayon de lune, est-ce que passe la mort ?...Alors à regarder toutes ces photos j’y découvrirai tant de silhouettes et de visages, tant d’actions et de vide…que je découvrirai toute la complexité de la citadelle dans la multiplicité de sa réalité.

Pris dans sa globalité, à savoir si cette multiplicité ne ferait pas peur ? Mais là, avec le regard pour passeur, cette juste distance de l’instant arrêté, elle deviendrait peut être plus facilement humanisée… par le regard que chacun son tour pourrait venir déposer sur une photo, et puis une autre, clichés après clichés exposés,… La moindre pierre, la moindre trace parce qu’elle serait montrée à tous et reconnue dans son quotidien, deviendrait patrimoine commun, dans une nouvelle affectivité partagée. Qui ne se reconnaîtrait pas dans ces trois petites marches où chacun au moins une fois est passé à la fois acteur et témoin, regardant et regardé ? Dans un subtil passage de miroir à miroir, dans un commun d’un lieu qui vit en fonction de ce que chacun a décidé d’en faire, avec sa façon de l’habiter…A qui vient pour y jouer, travailler, se promener, …à qui aussi n’y vient jamais ! L’usage ou le non usage porte une signifiance et le lieu construit l’usage autant que l’usage ou le non usage fait le lieu…

Et le lieu m’imprègne tout autant que je peux imprégner un lieu. Si le lieu où j’habite commence pour moi par une ruelle sombre, ma journée ne pourra pas commencer de la même façon que si j’avais emprunté une allée d’un jardin. Un parvis froid, des odeurs d’humidité et le noir où glisser mes derniers relents de sommeil,… plutôt qu’un un éveil de terre et de vie, des rêves d’école buissonnière. Arriver sur le lieu du travail avec un peu de tristesse ou bien avec encore un peu de terre sous la semelle comme une promesse d’une liberté à venir … le lieu démarre ma journée, sculpte déjà un signifiant, donne un signe…Et tout à la fois chacun peut le transformer.
La ruelle si noire et si triste peut s’approprier territoire apprécié les jours de grande chaleur, ou encore territoire secret pour le jeu des enfants, commémoration d’une mémoire, d’un évènement …
Cette appropriation affective qui rend le lieu habitable, n’est pas seulement liée à l’esthétisme du lieu…Sûrement qu’il est plus facile d’adopter un lieu bien conçu, qui va travailler la circulation des uns et des autres,faciliter le vivre ensemble et privilégier la notion d’un environnement sécure par sa tenue ( propreté, réhabilitation …). Pour autant ce lieu serait comme une coquille vide s’il n’était pas habité, plus que par des « habitants », par des « se reconnaissants ». Comme une compilation de rencontre et naissant : Naître de cette rencontre avec l’autre, dans un commun partagé. Se reconnaissant d’un même quartier, d’une même ruelle…se reconnaissant dans ce que l’autre est dans sa différence autant que sa participation à la multiplicité qui fait ce lieu et qui en porte la globalité affective. Reconnaissants aussi de ceux qui nous ont précédés, qui étaient-ils qui passaient dans cette même ruelle, près de ces trois marches, quand ont-elles été créées ? Est-ce qu’ils étaient si différents de moi, de quel pays, de quelles croyances, de quelles valeurs, de quelle multiplicité, de quelle complexité étaient-ils eux aussi ? Quelles traces ont-ils laissé de leur passé sur les murs, dans les rues, quels signes ?
Et, comment ne pas se tromper, ne pas se laisser enfermer dans ce passé, éviter que la citadelle ne soit pas embastillée dans une vie de musée, une vie du désir à consommer et de la jouissance de l’image, où seul l’objet économique aurait droit de cité ?
Et ceux qui viendront après moi, comment seront-ils ? Quel quartier construiront-ils ? Est-ce que déjà avec mon appareil photo je peux le deviner ?

Est-ce que dans ce futur il y aura encore un oiseau pour y oublier sa plume et un enfant pour y dessiner ses rêves ?

_________________
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