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 Romain Garry La promesse de l'aube

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sylvie
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MessageSujet: Romain Garry La promesse de l'aube   Mar 11 Sep 2007, 21:47

Romain Garry, la promesse de l’aube, folio

p. 175 : « Le monde s’était rétréci pour moi jusqu’à devenir une feuille de papier contre laquelle je me jetais de tout le lyrisme exagéré de l’adolescence. Et cependant, en dépit de mes naïvetés, ce fut à cette époque que je m’éveillai entièrement à la gravité de l’enjeu et à sa nature profonde. Je fus étreint par un besoin de justice pour l’homme tout entier, quelles que fussent ses incarnations méprisables ou criminelles, qui me jeta enfin et pour la première fois au pied de mon œuvre future, et s’il est vrai que cette aspiration avait, dans une tendresse de fils, sa racine douloureuse, tout mon être fut enserré peu à peu dans ses prolongements, jusqu’à ce que la création littéraire devint pour moi ce qu’elle est toujours, à ses grands moments d’authenticité, une feinte pour tenter d’échapper à l’intolérable, une façon de rendre l’âme pour demeurer vivant. »

p. 213 : « Pendant six mois, aucune de mes œuvres ne vit la lumière du jour. Elles étaient jugées « trop littéraires ». Je ne comprenais pas du tout ce qui m’arrivait. Je l’ai compris depuis. Encouragé par mon premier succès, je me laissais aller à mon dévorant besoin de saisir coûte que coûte la dernière balle, d’aller d’un seul jet de plume jusqu’au fond du problème, et comme le problème n’avait pas de fond, et que, de toute façon, je n’avais pas le bras assez long, j’en étais une fois de plus réduit à mon rôle de clown dansant et piétinant sur le court de tennis du Parc Impérial, et mon exhibition, pour tragique et burlesque qu’elle fût, ne pouvait que rebuter le public par son impuissance à dominer ce que je n’arrivais même pas à saisir, au lieu de le rassurer par l’aisance et la maîtrise avec lesquelles les professionnels savaient se maintenir toujours en deçà de leurs moyens. Il me fallut beaucoup de temps pour admettre que le lecteur avait droit à certains égards et qu’il fallait bien lui indiquer, comme à l’Hôtel-Pension Mermonts, le numéro de la chambre, lui donner la clé, et l’accompagner à l’étage pour lui montrer où se trouvent la lumière et les objets de première nécessité. »

p.314 : « Aujourd’hui que la chute est vraiment accomplie je sais que le talent de ma mère m’a longtemps poussé à aborder la vie comme un matériau artistique et que je me suis brisé à vouloir l’ordonner autour d’un être aimé selon quelque règle d’or. Le goût du chef d’œuvre, de la maîtrise, de la beauté me poussait à me jeter les mains impatientes contre une pâte informe qu’aucune volonté humaine ne peut modeler, mais qui, elle, possède au contraire le pouvoir insidieux de vous pétrir à sa guise, imperceptiblement ; à chaque tentative que vous faites de lui imprégner votre marque, elle vous impose un peu plus une forme tragique grotesque, insignifiante ou saugrenue, jusqu’à ce que vous vous trouviez, par exemple, étendu, les bras en croix, au bord de l’Océan, dans une solitude que l’aboiement des phoques et le cri des mouettes déchire parfois, parmi les milliers d’oiseaux de mer immobiles qui se reflètent dans le miroir du sable mouillé. Au lieu de jongler, selon mes moyens, avec cinq, six, sept balles, comme tous les artistes distingués, je me tuais à vouloir vivre ce qui à la rigueur pouvait seulement être chanté. Ma course fut une poursuite errante de quelque chose dont l’art me donnait la soif, mais dont la vie ne pouvait m’offrir l’apaisement. Il y a longtemps que je ne suis plus dupe de mon inspiration et si je rêve toujours de transformer le monde en un jardin heureux, je sais à présent que ce n’est pas tant par amour des hommes que par celui des jardins. Et certes, le goût de l’art vivant et vécu demeure toujours à mes lèvres, mais c’est surtout comme un sourire : ce sera sûrement ma dernière création littéraire, s’il me reste à ce moment là encore quelque talent. »
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